

Le 25 juin vers 10h, mon vol atterrit à Athènes, après une dernière approche, lors de la descente, qui m'a permis d'apercevoir l'île d'Egine, posée vers l'ouest sur le bleu intense de la mer. J'ai deviné, sans le voir, l'emplacement du chantier, et il me faut encore presque 4 heures pour le rejoindre.
Couture et menuiserie
Tahenkat n'a pas bougé depuis l'automne, et je commence sans attendre la préparation en vue de la mise à l'eau.
Cette année, outre les opérations habituelles, il me faudra consacrer du temps au gennaker, afin d'améliorer sa protection anti-UV (pièces auto-collantes et couture, à la main...).
Au programme également: un prototype pour un aménagement en couchette double de la banquette du carré. S'il donne satisfaction, je pourrai le pérenniser...
Nouvelles recrues
Tout de passe pour le mieux, et une semaine après, je suis sur mon vélo au bout du quai des ferry à Egine, pour accueillir Catherine et 2 équipiers de marque : Sylvie et Frédéric, qui sont d'abord frappés d'hilarité en me voyant . C'est le contraste entre ma taille et celle des minuscules roues de ma monture qui provoque leur réaction...
Ces retrouvailles sont un moment de plaisir, et nous sommes ravis, Catherine et moi, de leur faire découvrir le petit port que nous apprécions toujours autant, ses restaurants, et enfin, bien sûr, le chantier et le bateau.
Tout est prêt pour la mise à l'eau demain matin, et le début de notre navigation.

Séparation
3 juillet : je règle ma facture d'hivernage à Jordan KANONIS, et je lui explique que notre navigation va nous ramener cette année en France, et donc que nous ne reviendrons pas au chantier.
Sur la suggestion de Catherine, nous faisons avec plaisir une photo souvenir, l'occasion d'une accolade amicale avec Jordan et le fidèle Stavro, cheville ouvrière du chantier. Nous avons apprécié leur accueil, durant ces 5 années, et c'est le moyen de le leur faire savoir.
Ensuite, vers midi, c'est la mise à l'eau, suivie d'une rapide vérification du fonctionnement du moteur par Spyros, et nous pouvons partir, cap au nord pour doubler la pointe de l'île.
Petite étape pour commencer, vers le mouillage de Korfos. Nous hissons les voiles, le vent très modéré soufflant du nord-ouest, et nous partons au près. Ces conditions très clémentes permettent à Sylvie et à Frédéric de s'essayer à la barre. Mouillage vers 16h15, baignade, descente à terre, et petite visite de la ville.
Canal de Corinthe
04 juillet : nous partons assez tôt ce matin, dans le but de nous présenter à l'entrée du Canal vers 11h, horaire approximatif convenu lorsque j'ai réservé notre passage. Un grand bord de près dans un vent tonique à force 5, puis nous terminons l'approche au moteur.
Je contacte, sur le canal 11, "Isthmia Pilot", et j'indique mon numéro de réservation, et le montant payé (238 €, ce qui est relativement cher pour seulement 3 milles de longueur. Le Canal de Suez nous a coûté à peine plus cher, pour 50 milles!); on nous met en attente avec 5 autres bateaux, puis le signal du passage est donné vers 11h30.
Traversée sans problème, mais très spectaculaire, du fait de l'encaissement entre les falaises rocheuses.

L'idée d'un canal à travers l'isthme de Corinthe remonte à l'antiquité. A cette époque, les velleités de creusement s'étaient vite arrêtées, du fait des difficultés techniques.
Néanmoins les navires pouvaient traverser l'isthme à sec, sur un chemin dallé (dont il reste encore des vestiges), remorqués par des animaux de trait. Bien sûr, la position de Corinthe sur ce point de passage stratégique a grandement contribué à la puissance et à la fortune de cette ville.
Le canal actuel n'a été creusé qu'à la fin du dix-neuvième siècle, et même après la réalisation du Canal de Suez.

Nous poursuivons notre navigation en direction des Iles Alkonidhes. Un orage nous surprend à leur approche : il n'est que temps de nous mettre à l'abri des rafales de nord-est au mouillage de Zoodokhos Pigi, dans la petite baie devant le monastère. Averses drues pendant 1h30 environ.
En fin d'après-midi, le calme revenu, débarquement pour explorer le monastère, désaffecté, et ses environs, dans une ambiance plus bretonne que grecque, vu le ciel chargé et humide...
Golfe de Corinthe
Du 05 au 08 juillet : le soleil de retour, navigations sous des températures de plus en plus chaudes.
Escales successives à Ormos Isidhorou (proche de la ville d'Antikira), Galaxidi (point de départ pour une virée en voiture jusqu'à Delphes), l'île de Trizonia, et sa marina fantôme où nous nous amarrons en long, et enfin Naupacte, au magnifique vieux port vénitien, enchassé dans ses murailles (carte).


Du Golfe Saronique au Golfe de Corinthe


Golfe de Patras
09 juillet : nous quittons notre mouillage devant Naupacte, et nous dirigeons vers le pont de Patras. Navigation au portant, et nous sommes conduits, pour bien faire marcher le bateau, à mettre les voiles en ciseaux, le génois étant tangonné.
Après le pont, toujours poussés par le vent, nous pénétrons dans le golfe de Patras, bordé sur sa rive nord par une zone d'étangs côtiers et de marais salants. Ce paysage plat repousse loin vers l'horizon les reliefs montagneux.
En début d'après-midi, nous parvenons à l'entrée du chenal qui nous conduira au port de Missolonghi. A cet endroit, de nombreuses cabanes de pécheurs, des barques traditionnelles amarrées à des pontons de bois branlants, évoquent plus une lagune d'extrème-orient qu'un paysage grec...
A l'extrèmité du chenal, le vent est complètement tombé, le plan d'eau s'élargit, et nous nous dirigeons vers la gauche, pour nous amarrer à la marina, dans une chaleur écrasante.

Un fleuve dieu
10 juillet : étape par vent nul jusqu'au mouillage d'Ormos Oxeïa, à l'entrée du golfe de Patras.
Après la baignade et un peu de repos, nous embarquons sur l'annexe pour une petite expédition dans le but de remonter l'embouchure du fleuve Achéloos, qui se situe à 1 mille environ du bateau. L'Achéloos, un des plus longs fleuves de Grèce, était vénéré comme un dieu dans l'antiquité, considéré comme le père des Sirènes.
Après avoir négocié prudemment les hauts-fonds qui débordent l'entrée, nous commençons à remonter le courant, le moteur fortement sollicité. En fait de Sirènes, nous entendons plutôt les cris des goëlands qui nous regardent passer depuis la rive, bientôt couverte de roseaux.
Ici et là, des bateaux de pêche sont amarrés devant de petites cabanes abritant les filets. Vision idyllique de ces havres de paix cachés sous les lauriers roses...


Golfe de Patras

du 11 au 17 juillet : nous remontons vers le nord, dans des vents modérés, jusqu'à Preveza,en visitant les Iles Ionniennes.
Ce seront d'abord 3 escales sur la grande et belle Céphalonie, mouillant successivement devant Argostoli, puis dans la petite anse de Xylokaravo (mouillage en portant des amarres à terre), et enfin devant Agia Effimia, où nous passons 2 nuits.
Nous passons ensuite sur la mythique Ithaque, où nous nous amarrons pour une nuit à Vathy.
Enfin, c'est le mouillage protégé et tranquille de Vlikho Bay, sur Leucade, avant d'embouquer le lendemain le chenal, jusqu'au pont mobile, qui nous ouvre la route vers Preveza (carte)
Film d'Action
Preveza est construite sur le détroit d'Actium, site antique où se déroula en 31 avant JC la bataille navale entre Octave (futur Auguste) et Antoine, soutenu par Cléopâtre. Ces derniers, vaincus, s'enfuirent en Egypte, où ils se suicidèrent moins d'un an après. Il en reste à Préveza le nom de la Marina Cléopatra; et aussi celui de l'aéroport d'Action, qui précisément va permettre à Sylvie et Frédéric de s'envoler pour leur retour vers la France.

L'île de Céphalonie
D'Ithaque à Préveza

Du 19 au 27 juillet :
Sylvie et Frédéric ont donc quitté le bord le 18, et nous avons 8 jours pour remonter jusqu'à Gouvia Marina, sur l'île de Corfou, où Loïc (le magnifique) doit nous rejoindre.
Du piquant des oursins et des raies
Comme le délai est largement suffisant, nous avons le temps de visiter d'abord le golfe Ambracique pendant 4 jours (mouillages à Vonitsa, Ormos Kapraïna, Ormos Salaora, Vonitsa derechef).
Ce plan d'eau très fermé, bordé de zones humides, est riche en faune aviaire (goëlands, cormorans, hérons, aigrettes,...) et aussi marine: les oursins pullulent au point de se fixer en grand nombre sur notre chaine d'ancre, en une seule nuit. A Kapraïna, une tortue s'approche à moins de 10 m de notre mouillage, et j'aperçois même une raie pastenague en débarquant près de Vonitsa.
Eléments violents
Le 23, nous quittons le golfe, et des orages sont annoncès en soirée sur le continent : nous décidons donc d'aller plutôt mouiller au large, au sud de l'île de Paxos (O. Manganisi), en espérant que la zone ne sera pas trop surpeuplée (nous sommes maintenant en pleine saison touristique, et proches des nombreuses bases de location de Corfou).
Nos espoirs sont cruellement déçus : le mouillage est bondé, des bateaux ayant portés des amarres à terre pour la plupart, leurs skippers prêts à défendre agressivement leur ligne de mouillage... Nous quittons ce "grand cirque", et mettons le cap à l'est, vers le continent.
Un vent frais de nord-ouest nous propulse à bonne vitesse, mais nous voyons grossir les nuages gris d'un orage sérieux. Il ne tarde pas à éclater, ce qui se traduit pour nous par de fortes rafales, et nous continuons à sec de toile. Bientôt, il nous faut fuir vers le nord, et nous finissons par nous réfugier au mouillage de Parga, très touristique, mais relativement calme.
Les jours suivants, mouillage de Two Rocks Bay (encombré), puis dans la rade d'Igoumenitsa (idéalement à l'écart de la foule), et d'Ormos Valtou (sauvage et idyllique)...
Après avoir doublé Corfou-ville, nous nous amarrons le 27 en milieu d'après-midi à Gouvia Marina (carte).

De Vonitsa à Ormos Valtou
Promenade dans la vieille ville de Corfou
Vidéos (passer en plein écran, retour par "échap")
Demi-tour dans le port de Naupacte
Remontée du fleuve Achéloos
Mouillage à Ormos Oxéïa


29 juillet : Loïc nous a rejoints avant-hier en soirée, j'ai terminé ce matin les formalités de sortie, et nous sommes prêts à quitter la Grèce, après le plein en carburant.
Il n'y a guère plus de 15 milles pour rejoindre Sarande, port le plus proche pour les formalités d'entrée en Albanie. Brise de nord-ouest assez fraiche, pour remonter au près, à bonne vitesse.
Changement de pavillon de courtoisie à mi-chemin.
Des leks pour des Korça
Je préviens l'agent Agim Zholi, qui nous aidera pour les formalités. Il m'avertit que les quelques places à quai réservées aux bateaux de plaisance sont déjà prises, et que nous devrons donc mouiller dans la rade, et descendre à terre en annexe.
Tout se passe comme indiqué, notre entrée administrative se fait aisément, et pour un coût relativement modique (80 €). Dès 17h, nous pouvons déambuler dans les rues de la petite station balnéaire, pas si différenbte de ce qu'on peut connaitre en France ou en Espagne, aux minarets près... Nous changons des euros en leks, faisons quelques emplettes, et prenons une première bière locale (une Korça)...

30 juillet : nous repartons vers le sud pour aller découvrir le site archéologique majeur de Butrint (il nous fallait d'abord faire l'entrée à Sarande, ce qui explique ce retour en arrière). Descente au portant à la voile, jusqu'à l'embouchure de la rivière qui sert d'exutoire au lac de Butrint.
Retour vers les passés
Entre les vastes bancs de sable, nous remontons prudemment le chenal que j'ai repéré sur les images-satellites, cap au 36. Nous doublons les vieux murs du fort d'Ali Pacha*, et mouillons un peu en amont, au nord de l'ilot qui le porte.
Sur la rive opposée, à côté de casemates datant de la guerre froide, un élevage de moules est installé. Les pêcheurs sont là, en train de nettoyer les mollusques à l'aide d'une sorte de gros tamis dont la manoeuvre alternative nécessite 6 personnes...
L'annexe mise à l'eau, nous partons pour remonter encore un mille en amont, le moteur luttant contre un courant de marée qui nous est contraire, jusqu'au débarcadère du site archéologique.
Site où se superposent les vestiges grecs, romains, byzantins, vénitiens, ottomans, sur une butte boisée superbe surplombant un environnement lacustre... Nous ne boudons pas le plaisir de la visite, en prenant notre temps, puis c'est le retour en descendant la rivière au crépuscule, vers Tahenkat qui nous attend, toujours seul au mouillage...
*Ali Pacha "de Tepelena", 1750-1822. Gouverneur albanais de l'Epire, pour l'Empire Ottoman; conquérant militiare et administrateur. Il se révolta contre les Ottomans et connut une fin violente.
31 juillet : nous quittons notre mouillage vers 11h, les pêcheurs toujours là nous faisant signe pour nous dire au revoir. Une quinzaine de milles vers le nord pour atteindre Gjiri Rojdhes, mouillage désert où nous passerons la nuit (carte).
Encore Ali, et Qeparo
Le lendemain, étape assez courte encore jusqu'à Porto Palermo. Amarrage sur une jetée de béton, ancienne installation militaire, à l'abri d'une presqu'île sur laquelle se trouve un fort ... d'Ali Pacha.
Nous passerons là 2 nuits, le temps de visiter le fort, et l'ancien village grec de Qeparo, à moitié abandonné maintenant, perché sur un piton, à 5 km.


Visite de Butrint
Petite randonnée jusqu'à Qeparo

Du 03 au 11 août : remontée en 3 étapes de la côte albanaise. Nous naviguons au moteur les matins, puis, dès que le thermique se lève, sous voiles au près, les après-midis.
Première escale à Orikum, où nous trouvons la seule véritable marina du pays, fort bien tenue. Nous louons un véhicule, qui nous permettra de faire un tour de 4 jours dans l'intérieur du pays.
Ne cherchez pas Pustec sur la carte...
Durant ce tour, nous visitons des villes superbes comme Beirat et Gyrokastra. La traversée (longue) des sauvages montagnes du sud-est nous permet d'atteindre Korça et Moscopole, puis de poursuivre jusqu'à Pustec, au bord du Lac Prespa.
La vie semble s'être arrétée il y a très longtemps, dans cette région rurale et traditionnelle, peuplée de la minorité slavo-macédonienne (d'origine bulgare), et donc abandonnée du pouvoir central. La seule marque d'intérêt de celui-ci a été d'essayer le remplacer le nom bulgare de Pustec par un nom albanais, Liqenas!
Tentative d'effacement soldée par un échec, mais ma carte routière en garde encore la trace...
...Nous avons repris la mer jusqu'à Durrès, grand port commercial de l'Albanie. Visite de la ville, intéressante, et formalités de sortie.
Un dernier mouillage devant la petite ville de Velipoje, avant de passer la frontière vers le Monténégro (carte).

L'équipage en goguette à l'escale de Durrès, avec Tina, avec John...


Routes, montagnes, et villes d'Albanie
Découverte des lacs Prespa et Ohrid

Durrès, ville chargée d'histoire