
15 juillet : Loïc, Marie, et Michel sont repartis depuis 2 jours vers la France, et de notre côté, nous avons fait nos préparatifs pour la suite du voyage.
Le mur administratif
J'ai tenté d'effectuer moi-même les formalités de sortie, mais, après des débuts prometteurs (4 bureaux différents, sur les 2 rives du Bosphore, quand même...), je me suis heurté à un mur, en la personne d'un officier des Douanes, rébarbatif, ne parlant que turc, et de mauvaise volonté.
Il faut donc nous en remettre cette fois aussi à un agent, moyennant 250 € !
Cela ne nous dispense pas de présenter notre bateau au port de commerce d'Haydarpasha, mais au moins le rendez-vous est fixé de manière claire, avec quelqu'un que je comprends.
A 10h15, nous nous amarrons donc contre les pneus d'un bassin commercial, et voyons bientôt arriver les officiels, Police et Douane, flanqués de notre agent.
A 10h40, avec nos papiers en règle, nous appareillons.
J'ai prévu de remonter le Bosphore pour mouiller ce soir à son extrémité nord. Demain une première étape en Mer Noire doit nous amener à un dernier mouillage turc, avant d'aborder la Bulgarie. Après nos formalités de sortie, nous sommes censés quitter immédiatement le territoire turc: nos deux prochains mouillages seront tolérés, je l'espère, mais il ne faudra pas aller à terre...
Moment fort au Bosphore
A l'entrée du détroit, nous traversons les rails de cargos (avec prudence, car leur défilé dans les 2 sens est ininterrompu), pour rejoindre la rive européenne, la plus favorable, parait-il, pour remonter contre le courant.
Nous naviguons donc entre le rail et cette rive, quelquefois très proche d'elle. En plus des cargos, il me faut garder un oeil sur tous les traversiers, qui circulent sans arrêt d'une rive à l'autre. Et pour couronner le tout, j'aperçois des baigneurs qui prennent leurs ébats dans le courant, sans souci du trafic !




Nous atteignons très vite le premier des trois ponts du Bosphore, qui surplombe la belle mosquée Buyuk Mecidiye, puis c'est la forteresse de Rumelihisari, juste avant le deuxième pont.
A bâbord paysage somptueux des résidences de villégiature, palais néoclassiques, konak ou yali, certains arborant encore l'architecture ottomane en bois.
Nous doublons le débarcadère de Yénikoy, et malgré les attraits du spectacle, il faut rester vigilant, en surveillant les cargos sur leur rail, la circulation traversière, et toujours les baigneurs inconscients du danger.
Sur une voie maritime d'une telle importance, le balisage est soigné, et pourtant, je passe cette cardinale Est du mauvais côté, pour serrer la rive au plus près, ce que me permet sans risque mon tirant d'eau.
On voit bien au pied de la tourelle le courant puissant à cet endroit. C'est la conséquence d'une circulation générale, alimentée par les apports en eau douce des grands fleuves qui se jettent dans la Mer Noire (Danube, Dniepr, Don,...). Tout ce flux rejoint la Mer Egée par les détroits.



En début d'après-midi, nous mouillons dans l'avant port de Poyraz, à l'entrée nord du détroit, rive asiatique. Ce port est principalement un port de pêche, et nous voyons se profiler derrière nous l'imposant troisième pont de Bosphore.
Dernier mouillage turc
16 juillet : première étape en Mer Noire, et également, dernière journée en Turquie (jusqu'à notre voyage retour). A mesure que nous progressons dans ces eaux bien plus troubles que celles de la Mer Egée (et aussi bien plus douces, nous le découvrirons bientôt), le vent de Nord-Est, typique de ces parages, forcit, et prend une direction plus favorable.
Nous pouvons faire plus de la moitié de la route au travers, force 3 à 4, à la bonne moyenne de 6 à 7 nœuds. Les 60 milles sont donc couverts assez vite, et nous mouillons dès 17h30, juste à l'ouest du port d'Igneada. Malheureusement, le bain, premier plaisir du mouillage, n'est pas possible: de nombreuses méduses sont visibles.
Rien n'est simple
17 juillet : vers 9h, une demi-heure après notre départ, nous entrons dans les eaux bulgares. D'après mes informations, nous pouvons faire les formalités d'entrée à Tsarevo, et c'est donc ce port que je veux atteindre aujourd'hui.
J'ai bien sûr hissé le nouveau pavillon de courtoisie, et je me suis mis en veille sur le canal 16 de la VHF, prévoyant que nous serions surement appelés.
Ce qui ne manque pas de se produire, mais le contact est difficile à établir : réception parasitée, mes réponses ne sont d'abord pas reçues, mon émetteur manquant de puissance.
Une demi-heure plus tard, sur un appel réitéré, je parviens enfin à me faire entendre :"Border Police from Tahenkat... 2 people on board... French flag... We plan to go to Tsarevo..." ...
...." Tahenkat from Border Police. Ok, captain. Have a good trip..."
Un quart d'heure après, nouvel appel : "Tahenkat from Border Police... Sorry, captain, you cannot do the entrance at Tsarevo, you must go to Burgas..."



Pas possible d'exprimer à mon interlocuteur mes sentiments !... Au lieu de la petite étape de 25 milles que j'avais prévue, il nous faudra faire plus du double pour arriver à destination !
Heureusement, le vent nous sera dans l'ensemble favorable. Nous avions pu établir les voiles dès ce matin, et après un coup de mou vers midi qui nous oblige à recourir au moteur, nous pouvons repartir sous voile vers 13h45, bon plein dans un vent N-NE force 3, qui va bientôt forcir à 4.
En entrant dans la baie de Burgas, nous nous retrouvons grand largue, poussés par la houle bien formée. Manoeuvre rapide et un peu sportive pour affaler devant l'entrée du port, et nous doublons le brise-lame.
Nous sommes guidés par VHF jusqu'au quai du Passenger Terminal, et nous nous amarrons vers 18h devant son impressionnante façade vitrée inclinée. Peu après, les autorités arrivent dans une fourgonnette, et m'emmènent avec tous mes documents jusqu'aux bureaux au fond du port de commerce.
Là, tout se passe plutôt bien , le seul retard étant occasionné par nos certificats de vaccination anti COVID: ils ne sont pas rédigés en cyrillique (l'alphabet utilisé en Bulgarie), et il faut se mettre en quête d'un médecin sachant les lire...
Le médecin enfin trouvé, à l'issue de toutes ces démarches, le visage de l'officier de police, jusque là impassible, s'éclaire d'un grand sourire, et il me lance jovialement : "Welcome in Bulgaria!" ... C'est l'hospitalité bulgare ...
Petite visite de Burgas
Après mon retour à bord, nous programmons notre visite de la ville, le lendemain. Burgas est un assez grand port de commerce adossé à une zone de lagunes, si bien qu'une des activités principale est l'exportation du sel des marais salants tous proches.
La ville, malgré un plan marqué par l'époque communiste, s'étend autour d'un centre plutôt agréable. Elle donne sur la mer par un très long parc, bordant la plage de sable. Ce "Sea garden" est clairement la zone dévolue aux loisirs et aux touristes, et c'est vrai qu'il est agréable d'y déambuler, ou d'y déguster une banitsa, un dessert bulgare au fromage.
A voir également, l'église orthodoxe consacrée aux deux saints vedettes du pays, Méthode et Cyrille, ce dernier étant à l'origine de l'alphabet utilisé ici.
Enfin, un monument en bas-relief est bien caractéristique de l'après-guerre : il exalte la glorieuse Armée Rouge, qui libère le pays des Nazis, puis fraternise avec la population, éperdue de reconnaissance...
19 juillet : une petite navigation jusqu'à Nessebar. A l'abri de la presqu'île occupée par la vieille ville, se niche une petite marina, moderne, mais seulement en cours d'achèvement.
Nous laissons là le bateau, et partons pour quelques jours dans l'intérieur. Nous avons loué une petite Toyota, moins spectaculaire que le Mig 21 (chasseur russe des années 60) que nous croisons à la sortie de Nessebar. Nous en verrons d'autres, de nombreux exemplaires de ce vestige de la Guerre Froide semblent être maintenant utilisés comme éléments de décoration dans les espaces extérieurs !...
Nous visitons d'abord Vélicko Tarnovo, vieille cité du renouveau de la conscience nationale bulgare.




Petit paradis montagnard
Puis par de petite routes, nous gagnons Govedartsi, petite bourgade montagnarde, à 1100 m d'altitude, vierge de toute influence récente, avec ses maisons typiques, ses nids de cigognes, et encore des véhicules antiques d'origine soviétique...
Là, nous faisons connaissance d'Ivan et Svetla, qui nous hébergeront, si agréablement, pour 3 nuits.
Grâce à Ivan, qui nous propose très gentiment de nous servir de guide, nous randonnons superbement pendant deux jours, dans le massif du Rila, tout proche.
Paysage très alpin par endroits, lacs, aiguilles rocheuses, et refuges, et encore beaucoup de neige.
Nous invitons nos hôtes autour d'un verre, Svetla apporte des assiettes de shopska, salade bulgare traditionnelle, et Ivan nous parle de la transition après l'ère soviétique.
Après les avoir quittés, belle visite au monastère de Rila, puis nous atteignons Plovdiv, cité dont l'origine remonte aux grecs.
Goverdartsi
Randonnée dans le massif de Rila
Monastère de Rila
Nessebar, Velicko Tarnovo, Plovdiv

27 juillet : 9h30 , nous quittons Nessebar, pour poursuivre notre montée vers le nord, le long de la côte bulgare. Vent de secteur Sud, mais malheureusement beaucoup trop faible pour naviguer à la voile. Arrivée à 16h15 à Varna, où nous nous amarrons à l'extérieur de la "Yacht Club Marina".
Restes de planification soviétique
Varna est le port commercial le plus important de Bulgarie, spécialisé dans l'exportation de céréales par vraquiers. C'est aussi un port militaire.
Le plan du port ressemble étrangement à celui de Burgas : même disposition des bassins, même gare maritime (flambant neuve et inutilisée là-aussi) sur la jetée nord, même petit espace concédé aux bateaux de plaisance, à droite en entrant...
La rationalisation des plans datant de l'époque communiste concerne la ville aussi, avec le même parc de loisirs, au bord de l'immense plage, au nord du port.

Néanmoins, le "Yacht Club", quoique très sommaire, offre des douches chaudes (dans un état décent, et collectives ...), et la ville est somme toute plutôt agréable, avec des axes piétonniers en centre ville, le fameux parc, une laverie, et un bon choix de restaurants.
Nous y passerons donc deux nuits (41 leva pour les 2 nuits, soit environ 10 €/nuit).
29 juillet : petite étape jusqu'à Balchik, toujours sans vent. Amarrés à 13h15, et port payé pour la nuit, 51 leva, soit 26 € .
Visite en fin d'après-midi du "Palais d'été de la Reine Marie", et de ses jardins, résidence qui avait été construite dans les années 30 pour la reine de Roumanie (la région était roumaine à l'époque).
Varna et Balchik


30 juillet : nous allons quitter la Bulgarie pour la Roumanie, qui sera le terme de notre montée vers le nord.
Navigation contrainte par la guerre
En effet, au-delà du delta du Danube, que nous visons, se trouve l'Ukraine. Faute d'un objectif précis dans ce pays, je ne veux pas m'y risquer, d'autant plus que j'ai depuis quelques jours un aperçu de l'ambiance là-bas, par les messages que je reçois sur le NAVTEX, émis par Odessa :
"les ports de pêche de la mer de Kerchensky et de la mer de Sébastopol sont fermés jusqu'à la restauration de l'ordre constitutionnel de l'Ukraine dans les territoires occupés temporairement de la République Autonome de Crimée et de la ville de Sébastopol".
L'affrontement entre l'Ukraine et la Russie, qui dure depuis 2014, met la zone sous tension, et l'occupation de la Crimée par la Russie n'est certainement pas que temporaire...
A 7h30, nous quittons notre poste à la marina de Balchik, pour traverser le bassin jusqu'au quai de la Douane, où nous nous amarrons. Formalités de sortie.
Trois quarts d'heure plus tard, nous pouvons prendre le large. Moteur d'abord, puis voile à partir de 13h, le vent ayant forci.

Entrée en Roumanie
Comme il se doit, nous sommes contactés sur la VHF par la Police des Frontières roumaine : nous serons attendus au quai de la Douane, à Mangalia . C'est bien ce que j'avais prévu, pas de problème, ni de surprise..
Un peu avant 16h, nous sommes amarrés à ce quai de commerce, aux pieds une immense grue. Formalités d'entrée, sans difficulté. A 17h, nous sommes à un catway de la marina de Mangalia, juste de l'autre côté du port. Nos voisins de ponton nous ont guidé aimablement, jusqu'à cette place.
L'officier de police du port se déplace en personne le soir même jusqu'à nous, pour les dernières formalités.
Quant au manager de la marina, il est absent pour cause de week-end, ce qui me place dans l'impossibilité de la payer avant notre départ demain!
31 juillet : étape de 25 milles, principalement à la voile pour rejoindre Constantza.

La marina de Port Tomis ne dispose plus de place pour les passagers : nous devons donc nous amarrer à couple d'un vieux chalutier (Delphin II , consigné au port).
Transylvanie et Allemands de Roumanie
Nous décidons de prendre quelques jours pour visiter Constantza, le plus grand port de Roumanie, puis nous partirons vers la Transylvanie.
Il nous faudra traverser le Danube, puis les Carpates, pour atteindre cette région, et plus particulièrement le "Pays Saxon".
Pays Saxon : Ce terme fait référence au peuplement de colons germaniques depuis le Moyen-Age, favorisé par l'empire austro-hongrois, qui contrôlait la région, et utilisait ces colons pour défendre ses possessions contre les attaques ottomanes. Ces "allemands", qui formaient un "état dans l’État", avec leur propre langue, leurs propres écoles, etc, ont quitté le pays par vagues successives, en 1918 (chute de l'empire austro-hongrois), 1945 (arrivée de l'Armée Rouge), 1989 (chute du communisme). Ils ont laissé derrière eux leurs villages aux églises fortifiées, souvent occupés par des Roms maintenant.

Mangalia et Constantza
Transylvanie
Notre route nous conduit au Château Royal de Peles, à Sinaïa, installé sur le flanc sud des Carpates. Il fut occupé jusqu'à l'abdication en 1947 du dernier roi de Roumanie.
Puis sur le flanc nord, autre château, c'est celui de Bran , très différent, qui aurait abrité Dracula.
Enfin nous faisons étape à Brasov, (anciennement Kronstadt), en Pays Saxon. Nous visiterons le lendemain le remarquable village de Viscri (Weisskirch), dont l'église fortifiée est inscrite au patrimoine de l'UNESCO. Puis, étapes à Sighisoara (Schassburg), et Sibiu (Hermannstadt), avant notre retour en traversant à nouveau les Carpates, par la route la plus haute de Roumanie, la "Transfagarasan".
Les traces des Allemands de Roumanie

10 août : je suis allé hier sur le site de l'ARBDD (Administration de la Réserve de Biosphère du Delta du Danube), pour obtenir un Permis de Navigation sur le delta (20 lei pour une semaine, payés en ligne), j'ai également réglé la place de port ici à Constantza (520 lei/104 € pour 11 jours), et nous larguons tôt ce matin, à 8h.
Nous sommes hélés pendant la manœuvre par le planton de la vedette de la Police, amarrée 50 mètres plus loin : "où allez-vous ? Êtes-vous propriétaires du bateau?". Une fois sa curiosité satisfaite, il nous libère d'un signe de la main...
Echoués? Non !
Nous partons vers le nord-est, cap au 38, pour une étape de 50 milles environ. J'ai l'intention d'aller m'abriter ce soir derrière l'île Sacalin, juste au sud du delta du Danube. Le fleuve, en poussant ses sédiments vers la mer, et les courants, ont créé cette longue langue de sable qui se referme sur une lagune.
Navigation mixte, à la voile quand le vent le permet, au moteur sinon. Très nombreux dauphins qui viennent jouer à l'étrave...La Mer Noire, en dépit de ses eaux peu limpides, est décidément plus riche en cétacés que la Mer Egée !

Vers 17h, nous nous présentons à l'entrée de la lagune, et il s'agit maintenant pour nous de surveiller le sondeur.
Déjà, là où nous nous trouvons, il indique 6 mètres de fond, alors que la carte (Navionics) du traceur laisserait prévoir deux mètres de plus... Comme me le montraient les photos satellite que j'avais consultées, notre lagune est beaucoup plus ensablée que ce qu'indiquent les cartes.
Par précaution, je remonte en partie la dérive, et j'avance prudemment. Rapidement, le sondeur ne donne plus que 4 m de fond... 3,5 m... 3 m ... 2,5 m... Finalement, nous parvenons au point où la sonde portée sur la carte est de 4,7 m : il n'y a en fait que 2 m , et nous jetons l'ancre ici.
A peine fait le rangement du bateau après le mouillage, j'entends un bruit de moteur, et vois arriver vers nous un pêcheur sur sa barque effilée.
Il me fait signe, et me demande si j'ai besoin d'aide ! Visiblement, il pense que nous nous sommes aventurés à l'aveugle, et que nous sommes piégés par les hauts-fonds, ce qui n'aurait pas manqué d’arriver à un voilier quillard classique.
Je lui explique que j'ai pu remonter ma dérive, et qu'il n'y a pas de problème. Il repart en me criant "Welcome in Sacalin!"
Notre mouillage est bien abrité de la houle du large, c'est l'essentiel. Et heureusement, le vent de NE prévu est faible, car avec un fetch de près de 5 milles, on aurait pu craindre un clapot désagréable.
La soirée s'avance, et nous profitons du calme étrange de ce mouillage, dont les limites ne se distinguent que comme de mince traits à l'horizon.



11 août : quinze milles aujourd'hui, avant d'arriver devant la bouche du Danube la plus au sud, celle de Sfantu Gheorghe (Saint Georges).
Bancs de sable et pélicans
Son entrée n'est plus draguée, et l'accumulation des sédiments y produit une barre de bancs de sables, de position changeante, qui s'étendent jusqu'à plus d'un kilomètre du rivage.
D'après les photos satellites, je calcule que la route d'entrée la plus sûre suit un alignement au 315 sur la rive nord de la bouche.
Je m'efforce donc de rester sur cette route, dérive relevée, et en surveillant toujours le sondeur. Au nord de notre route, des brisants balisent d'une ligne d'écume le début de la zone dangereuse.
Nous passons la barre avec une hauteur d'eau minimale de 2,5 m, et nous nous trouvons bientôt sur le fleuve, et là, la profondeur passe rapidement à plus de 10 m !
Parmi les nombreux oiseaux qui nous accueillent sur le fleuve, nous remarquons tout de suite certains plus massifs et trimballant un énorme bec : les pélicans, bien sûr !
Une île entre mer Noire et fleuve
Le village de Sfantu Georghe n'offre que de vieux pontons branlants, peu engageants, sauf un, neuf, avec une pancarte "Green Village" : nous nous amarrons là.
Renseignements pris à terre, c'est en fait un centre de vacances, qui accepte de nous accueillir sur son ponton, moyennant 5€ pour la nuit.
Nous visitons le village, paisible et hors du temps. Rues en sable, dans lesquelles ne circulent que quelques tracteurs trainant des remorques, ou de vieux pick-up.


L'intérieur du delta étant isolé du reste du pays, comme une île, il n'y a aucune route dans toute cette zone de 75 km de large, et les villages sont reliés au reste du monde par bateaux.
Un petit tour jusqu'à la plage, bain dans la Mer Noire, petite visite à l'église, et à la supérette locale, et nous revenons à bord.
12 août : après une nuit paisible, réveil tranquille au soleil, petit déjeuner en contemplant les pélicans qui évoluent autour de nous.
Où mouiller pour la nuit prochaine?
Au moment où je descends pour une course, petit incident: les bateliers assurant les navettes pour Green Village nous font comprendre que nous gênons.
Explication, tout se calme et finit en sourires.
Nous sommes partis vers 10h, et nous remontons le bras du Danube.


Rives verdoyantes, de nombreux oiseaux évidemment... Le courant est sensible, les profondeurs variables, de 4 m à près de 30 m...
En début d'après-midi, nous nous approchons du bras mort d'Uzlina, où je voudrais mouiller pour la nuit: c'est un méandre qui a été coupé par un canal pour raccourcir la route.
Surprise: un gros banc de sable prolonge la rive gauche. Nous battons en retraite, puis tentons le passage au plus près de l'autre rive : le sondeur descend en-dessous de 1 m , l'hélice soulève des nuages de vase, inutile d'insister...
Pas possible de mouiller dans le courant, sur des fonds incertains...
Nous cherchons un peu en aval, au niveau de Murighiol, un amarrage possible.
Nous trouvons cela à couple d'un gros catamaran à moteur, transformé en pension flottante. Le patron ne manque de nous demander 10 € pour la nuit, mais c'est le prix de notre tranquillité, et il nous offrira à l'heure de l'apéritif quelques amuse-gueule...
Vers un bout du monde
13 août : nous remontons toujours le bras de Sfantu Gheorghe. Vers midi, un peu en aval de Tulcea, nous rejoignons le bras de Sulina, et nous le prenons à la descente.
Changement de décor, car il s'agit de la voie draguée et endiguée permettant aux gros navires de remonter. Le paysage est beaucoup moins sauvage.
Il le redevient une vingtaine de milles plus loin, quand nous virons sur babord pour remonter le bras mort appelé le "vieux Danube".
Sur ce bras, le petit village de pêcheurs de Mila 23 (à 23 milles de l'embouchure) est le point le plus ultime que nous visons cette année, à la fois le plus au nord de notre navigation, mais aussi le plus loin de tout, au milieu du delta.
La remontée s’effectue sans problème, 4 à 5 m d'eau en général.
A 15h30, nous mouillons devant le village de Mila 23. Un château d'eau perché sur des poutrelles, une antenne, quelques maisons, dont un bar au bord de l'eau...
Ambiance paisible, troupeaux sur la berge, barques à moteur transportant des pêcheurs, ou des excursionnistes. A terre, ruelles de sable, pas de voiture, et maisons traditionnelles, souvent couvertes de joncs.
14 août: un problème sur le moteur d'annexe nous oblige à annuler l'excursion prévue ... A régler plus tard, à tête reposée... Nous relevons le mouillage et repartons vers l'aval, vers Sulina, port fluvio-maritime à l'embouchure.



A l'arrivée à Sulina, personne bien sûr pour nous indiquer où nous placer. A 15h, nous nous amarrons au quai de la ville, sur un espace libre.
Visite de la Police, visite à la capitainerie, tout est en règle. Un petit tour de ville, réservation à un restaurant proposant de l'esturgeon...
Négocier en gardant son calme
A 1h du matin, des coups violents frappés contre la coque nous réveillent : c'est la patronne d'une barque de pêche qui vient de rentrer, très énervée car nous la gênons pour amarrer son bateau.
Avec elle, quelqu'un qui doit être sa fille, et aussi un enfant, son petit-fils probablement. Tous deux ne disent rien, mais ont l'air très génés de son comportement, qui semble s'expliquer en grande partie par l'alcool...
Nous voilà partis à parlementer pendant plus d'une heure(elle ne s'exprime qu'en roumain...), à régler nos amarres et les siennes,... pour calmer un peu sa diatribe alcoolisée, et finalement retourner nous coucher...Nous ne la reverrons pas, mais par contre son petit-fils nous fera un signe amical à notre départ le lendemain.

Delta du Danube
Vidéos (passer en plein écran, retour par "échap")
Vidéo-Arrivée à Sacalin
Vidéo-Entrée à Sfantu Georghe
Vidéo-Le Vieux Danube

Péripéties, nouveaux équipiers, hamam,...
du 15 août au 01 septembre : redescente vers le sud, à petites étapes...
Dès la sortie du chenal de Sulina, c'est la Mer Noire à nouveau, et les mêmes étapes sur la côte roumaine, car les possibilités sont limitées : Sacalin, Constantza, Mangalia.
La Bulgarie, par contre offre plus de choix, et après Varna (où je répare le hors-bord d'annexe), nous visitons de nouvelles et belles escales, notamment Sozopol et Tsarevo. Tsarevo sera notre port de sortie de Bulgarie, et la douanière, qui tient à fouiller le bateau avant notre appareillage, nous fait bien rire lorsqu'elle franchit notre passerelle instable en essayant de masquer son inquiétude!...
Ensuite, ce sera la Turquie, Igneada et Istanbul.
Les péripéties ne sont plus maintenant une surprise pour nous: suivi tatillon des Polices maritimes roumaine et bulgare ; réveil à minuit, à Igneada, par les garde-côte turcs, qui nous autorisent avec mansuétude à finir notre nuit au mouillage, sous condition d'être le lendemain à Istanbul pour les formalités d'entrée ; obligation de recourir à des agents (avides) en Turquie...
A Istanbul, après 3 jours à Atakoy Marina, consacrés aux formalités (pas de chance, le 30 août est chômé, car c'est la Fête de la Victoire), nous quittons la rive européenne pour rejoindre Fenerbahce Marina, côté asiatique, le premier septembre : Marion arrive ce soir-même, et le lendemain, nos amis Milou et Evelyne, qui navigueront avec nous pour le retour vers Egine.
Nous avons prévu de quitter Istanbul le lundi 6 septembre, après le départ de Marion, mais du gros temps sur Marmara nous obligera à prolonger notre séjour jusqu'au 9 .
Nous en profiterons pour poursuivre notre découverte de la ville : mosquées de Soliman le Magnifique et de Mehmet le Conquérant (celui qui fit tomber Constantinople), ferry sur la Corne d'Or, marché aux femmes sous l'aqueduc romain, et aussi Hamam Kiliç Ali Pasha. Quant aux beautés de "Istanbul by night", elles nous sont révélées lors d'un retour sportif en taxi, après avoir assisté à un rituel de derviches tourneurs...
Sozopol et Tsarevo
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