Canal de Suez  

 Le 15 au soir, on nous confirme que le pilote qui doit nous accompagner pour la première étape sur le canal se présentera à notre bord le lendemain à 5h du matin.

 

16 Septembre : une pilotine débarque effectivement le pilote sur notre jetée, encore plus tôt qu'annoncé, à 4h45 ! Il semble très pressé d'activer notre manœuvre de départ, que j'étais heureusement déjà en train de préparer.

Nous partons dès que possible, et coupons au plus court vers le chenal. Il me presse encore d'accélérer, et je finis par comprendre qu'il nous faut passer un pont tournant avant sa fermeture imminente à la navigation. Un quart d'heure plus tard, c'est chose faite, et le pilote semble se détendre.

 

Des noeuds et des noeuds

 

La suite se déroule sans problème, le rôle essentiel de notre pilote étant de communiquer par VHF, avec les pilotes des cargos ou les patrons des traversiers, en arabe, ce qui est bien plus commode.

Il propose aussi de me relayer, et semble prendre la barre avec plaisir.

 

 

La navigation sur le canal est très réglementée, en convois et à 9 nœuds maximum pour les cargos, pas de voile pour nous (donc moteur, à environ 6 noeuds) , et photos officiellement interdites pour tous ! En contraste total avec ces règles strictes, les pêcheurs et leurs filets, sur leurs barques à rame et à voile, sont parfaitement tolérés ! Quant aux photos, après autorisation de notre pilote, nous ne nous en priverons pas...

A 14 h, nous arrivons à Ismaïlia, à mi-chemin du canal. C'est pour nous la fin de notre première étape, et nous devons nous amarrer au Yacht Club local. La manœuvre est très laborieuse, et se termine par une amarre prise dans l'hélice ! Le bateau étant sécurisé, je plonge pour démêler tout ça, heureusement sans grosse difficulté. Autant que je puisse voir, il n'y a pas de dommage, et l'incident restera sans conséquence...

 

"Egypte, ennuis et enquiquinements".😀 Saison2

 

Ici, le Yacht Club est à la hauteur de ce que ce nom laisse imaginer, les sanitaires sont très corrects, avec lave-linge et sèche-linge, et le manager Yasser très sympathique. Mais quand nous faisons mine de sortir en ville, c'est la surprise !  Tout le monde lève les bras au ciel ! "Vous n'y pensez pas, c'est impossible, c'est interdit, ou alors, il faut payer 100 dollars ..." 

 

Nous nous rendons dans le bureau de Yasser, et je lui explique avec un brin de véhémence que je trouve aberrant que nous ne puissions pas sortir, alors que nos visas sont en règle. Réponse déjà entendue : "on n'y peut rien, ce n'est pas nous qui fixons les règles"...

 

Nous nous résignons devant l'incompréhensible, et allons au bar du Yacht Club prendre un verre. Une demi-heure plus tard, Yasser nous rejoint, et nous propose d'exprimer par écrit nos récriminations, sur un questionnaire d'enquête de satisfaction. Ce que je fais... Un peu plus tard, il repasse nous voir, beaucoup plus agité. Il a envoyé le document, et les effets semblent dépasser ce qu'il avait prévu. 

A 18h, il revient et me passe au téléphone un responsable de l'immigration : explications oiseuses et laborieuses, en anglais, de la part de cet officiel. Je lui réponds que je ne comprends pas la logique de ce qu'il veut m'expliquer.

 

A 19h, appel de Moksen, de Félix Port Saïd. Il s'inquiète de notre ressentiment. Je lui explique le problème, et lui confirme que nous ne resterons pas ici les 2 nuits prévues, mais que nous partirons dès demain.

A 20h, Yasser vient m'annoncer que nous n'aurons rien à payer pour la nuit, c'est cadeau.

 

Une demi-heure plus tard, quelqu'un arrive sur le quai, et se présente à nous en français : c'est Mohamed Mohsen, responsable des marinas du Suez Canal Authority. Il a passé de nombreuses années dans la marine égyptiennes, a fait de nombreux stages en France, ce qui explique qu'il soit parfaitement francophone. Lui aussi est désolé pour notre problème, explique que ces règles ne dépendent pas de lui, et nous offre des cadeaux (3 tee-shirt, 3 mugs, 3 casquettes...). Nous discutons longuement et agréablement avec lui, et nous lui redisons notre intention de partir dès le lendemain. Il a envoyé quelqu'un avec notre liste de courses, légumes, pain et eau essentiellement. Une heure plus tard, l'estafette est de retour, avec tout ce qu'il nous faut. Mohamed nous déclare que nous n'avons rien à payer !

Nous nous séparons cordialement. Il nous enverra le deuxième pilote pour demain, et viendra assister à notre départ. Fin de la séquence à 22h30, nous pouvons aller nous coucher...

17 Septembre : le nouveau pilote arrive vers 08h30 , et Mohamed peu après. Il nous souhaite bien entendu une bonne navigation...

Cette deuxième étape sur le canal est sans histoire...Le pilote est anglophone, et c'est intéressant de parler de ses diverses expériences (il travaille habituellement sur un remorqueur, et fait des extras comme pilote pendant ses disponibilités). Nous traversons les Lacs Amers, et nous arrivons en milieu d'après-midi à Suez. Nous sommes amarrés à couple vers 15h50. Formalités assez brèves, avec Police et Douanes, et un nouvel agent Félix.

 

Suez branché

Ici, nous pouvons sortir en ville sans problème (!), après un contrôle des passeports quand même. Le vieux Suez a été en grande partie détruit pendant les guerres israélo-arabes, et le quartier du port (Port-Tewfiq) ne présente pas grand intérêt. Après avoir traversé quelques rues alignant les anciennes maisons des employés du canal, construites il y a plus d'un siècle dans le style européen, nous échouons au "rooftop" du Red Sea Hotel, au huitième étage. C'est le rendez-vous en soirée de la jeunesse de Suez, couples, groupes d'hommes ou de femmes, ces dernière élégamment vêtues, en voile ou "en cheveux", comme on disait avant dans nos campagnes... Nous profitons avant la tombée de la nuit de la vue sur la marina, où on peut voir un seul mat , celui de Tahenkat !

 

Canal de Suez

 

Vidéos  (passer en plein écran, retour par "échap")

Vidéo-Canal-Convoi 

Vidéo-Canal-Porte-containers 

Vidéo-Canal-Transport de véhicules 

Golfe de Suez et Hurghada 

 

18 Septembre : nous quittons le port à 6 heures,et après le chenal de sortie, nous débouchons en Mer Rouge, plus précisément dans le Golfe de Suez. Vent de nord faible, moteur. J'ai prévu d'aller mouiller ce soir à Marsa Thelemet, juste au sud de Zaafarana, à près de 60 milles de Suez, sur la rive africaine du golfe (carte). C'est un mouillage très sûr, et, d'après mes informations, une zone militaire... mais, il parait qu'après contrôle des papiers, on est habituellement autorisé à y passer la nuit...

 

"Egypte, ennuis et enquiquinements".😀 Saison3 !

 

A l'approche de notre but, vers 15h, nous voyons venir vers nous, à faible vitesse, une vedette armée. Un militaire en treillis, flanqué d'un autre portant un fusil d'assaut genre AK47, s'époumone en anglais, pour nous demander de nous arrêter pour contrôle.

Il nous faut donc tenter de nous mettre à couple de cette grosse coque grise et surplombante, sans aucune collaboration de leur part: ils semblent inertes, et ne disposent pour tout pare-battage que d'un pneu de vespa suspendu à un bout de cordage!... Après quelques tentatives, compliquées par une petite houle, la conclusion inévitable arrive : un choc assez dur, amorti de notre côté par le bout-dehors et par deux chandeliers, qui se retrouvent tordus tous les trois... Le patron de la vedette semble prendre peur et crie "Stop!!" à son équipage. Ils nous font signe que nous pouvons poursuivre sans contrôle...

 

Nous mouillons donc à Marsa Thelemet vers 16h, tout au fond de la baie. L'endroit est assez beau, et apaise un peu ma rage à la suite des dommages infligés à l'avant du bateau... Bain, repos, repas,... et voilà que nous revoyons venir vers nous la fameuse vedette, qui s'approche dans l'obscurité en sonnant d'un klaxon lamentable (de vespa aussi sans doute!...).

Nous faisons la sourde oreille, et, curieusement, elle semble hésiter à venir jusqu'à nous : sans doute, le patron a-t-il peur de s'échouer sur un banc de sable (ce qui veut dire aussi qu'il ne dispose pas de sondeur...). Mais il trouve la parade : il se détourne vers une barque de pêche qui travaille à quelques encablures, et la réquisitionne. Et ce sont ces pêcheurs qui transportent à notre bord les 2 sympathiques uniformes que nous avons déjà aperçus dans l'après-midi.

 

Ils embarquent sur Tahenkat, le premier disant : "No worry, I just want to see your documents. Ship registration, and passports, etc..." Le deuxième reste mutique, le doigt sur la détente de son AK47 ... Présentation des documents, contrôle, et longs coups de téléphone avec la hiérarchie...

Les pêcheurs dans leur barque semblent inquiets d'être confrontés à des trafiquants dangereux...On nous demande pourquoi nous sommes là ("le tourisme..."), pourquoi nous nous sommes arrêtés ("la fatigue..."), etc... Nouveaux coups de téléphone, attente... Les pêcheurs résignés subissent tout ça avec fatalité... Finalement après plus d'une heure, nous avons l'accord pour rester au mouillage pour la nuit. Tout le monde repart de manière plus détendue, de petits sourires s'esquissent...

Nous nous retrouvons seuls et tranquilles. Mais quant aux dommages subis, pas question de demander réparation à l'autorité militaire, qui plus encore en Egypte qu'ailleurs, semble avoir tous les droits. Et il lui serait si facile de dire que ces dommages résultent d'une mauvaise manœuvre de ma part... Heureusement pour moi au moins, ils ne gênent en rien la suite de la navigation...

19 Septembre : l'étape d'aujourd'hui doit nous amener à Tor (El-Tur), petite ville située 70 milles plus au sud, du côté Sinaï, et offrant un excellent mouillage. Nous levons donc l'ancre très tôt, dès 5h30, et partons au moteur, le vent de nord étant encore trop modéré. Une heure plus tard, nous pouvons établir grand-voile et génois, et poursuivre notre route, cap au 135.

 

Au pied du Sinaï

 

En milieu de matinée, nous traversons les rails des cargos, au niveau du Banc de Sheratib, zone de haut-fonds parsemée de plateformes pétrolières, et nous nous rapprochons de la rive asiatique. Nous pourrons admirer là, pendant plusieurs heures, le désert du Sinaï qui vient se jeter littéralement dans la mer !

A partir de midi, nous nous aidons du moteur, pour augmenter un peu notre vitesse, car je préfère arriver de jour dans ce mouillage que je ne connais pas. Nous passons entre l'immense Banc de Tor (nombreuses plateformes pétrolières également) et la côte, et nous voici vers 17h à l'entrée de la petite baie de Tor, après avoir contourné la pointe de récif qui la protège.

Quelques manœuvres de reconnaissance des lieux... A 17h30 nous sommes mouillés dans 5m d'eau, fond de sable et vase. Il nous reste un gros quart d'heure de jour, mis à profit pour un petit bain !

La ville semble paisible et décontractée, un manège de foire brille de toutes ses lumières multicolores, et un bateau promène-touristes circule non loin de nous... Mais la zone était récemment militaire, et interdite au débarquement, et les touristes sont certainement tous des égyptiens... Aussi, restons nous prudemment à bord, et notre soirée sera paisible, ainsi que la nuit qui suivra.

 

Détroit de Jubal

 

20 Septembre : Nouveau départ très tôt du mouillage. Dès la sortie, nous pouvons établir la voilure, grand-voile à 1 ris et génois, car le vent de nord-ouest est déjà bien établi, force 4 à 5 . Il monte bientôt à force 6, et nous filons à bonne allure, mais la mer devient plus grosse, et la gite et les embardées compliquent la tâche du barreur, en l’occurrence le pilote automatique.

 

Je décide donc d'affaler la grand-voile, manœuvre toujours pénible quand on était confortablement au portant, et qu'il faut, au moins provisoirement, remonter au vent et affronter les lames... Nous reprenons bien vite notre cap, et continuons donc sous génois seul, plus aisément pour affronter la mer agitée du détroit de Jubal.

Bientôt, c'est la traversée des rails, pour revenir vers la rive africaine.Vers midi, nous entrons dans l’archipel détaché de cette côte, en doublant au nord l'île de Chadwan (ou Shaker). Nous serons maintenant à l'abri de la grosse mer du détroit, et la navigation devient plus agréable.

 

Formalités toujours

 

Deux heures avant l'arrivée, je reprends contact avec le réseau internet, et découvre enfin une réponse, attendue depuis longtemps, à ma demande d'entrée à la marina de Hurghada. Le nouveau manager m'indique que je dois fournir des documents, entre autres un permis des garde-côtes, obtenu grâce à mon agent. Mon agent ! Je n'en ai pas encore !

 

J'appelle aussitôt au numéro que m'avait indiqué Moksen à Port-Saïd, et j'obtiens finalement le correspondant de l'agence Félix, un certain Mohamed. Il m'indique qu'il s'occupe de tout, et que je ne dois surtout pas aller à la marina , mais me présenter au port commercial de Hurghada.

 

C'est donc ce que nous faisons, et vers 16h45, nous nous amarrons laborieusement à cette jetée (pas prévue du tout pour les petites unités), sous le regard impassible de policiers en uniformes. Quelques mots d'accueil, Mohamed notre agent se présente, figure ronde et souriante, poignée de main chaleureuse.

Premier examen de nos documents... On nous annonce la suite des formalités : contrôle sanitaire, puis visite du bateau par la Police et les Douanes. Il faut se faire à l'idée que tout cela sera long, et que nous ne pourrons arriver à la marina que demain...

 

Vers 19h, un médecin se présente à bord: relevé de températures, petit questionnaire, il semble assez gêné de nous importuner, et repart bien vite. Nous mangeons ensuite tranquillement, puis, ne voyant venir personne, finissons par aller nous coucher.

"Égypte, ennuis et enquiquinements".😀 Saison4

 

Nous dormons tous profondément quand, à 11h30, mon téléphone sonne. C'est Mohamed qui m'annonce que tout le monde est là pour la visite du bateau. Sommairement habillés, nous émergeons dans le cockpit et découvrons une douzaine de personnes, dont beaucoup d'uniformes, sur le quai au-dessus de nous.

Mohamed, notre agent, me demande si j'accepte la visite... Demande formelle, bien sûr, et je ne puis qu'accepter... Cinq personnes, au visage fermé, voire patibulaire, descendent, et entament la "visite", qui est en fait une fouille. Ils nous désignent les endroits sensibles, et nous demandent d'ouvrir : équipets, placards, planchers, etc..., en commençant par la cabine avant, puis en remontant vers le carré et l'arrière.

 

Une question tombe rapidement: "Do you have  arms, drugs, guns?" Non, nous n'avons pas ces articles, mais nous avons quand même des choses qui provoquent leur excitation, et ils alignent ces pièces à conviction sur la table du carré :

  • boissons alcoolisées (une bouteille, puis 3 autres; ils ne trouveront pas les autres...).
  • mon drone : c'est évidemment du matériel d'espionnage !
  • le téléphone satellite du bateau : c'est un instrument très utilisé par quiconque traverse un désert, par un terroriste islamiste par exemple...

 

Mohamed, qui accompagne la visite, me fait savoir que le drone et le téléphone satellite vont m'être confisqués, et rendus lorsque nous partirons. Il doit voir ma figure s'allonger : rendus comment? Dans quel état? Quand? Quand nous quitterons l'Egypte?

Je lui explique que j'ai besoin du téléphone satellite, qui me permet de recevoir partout la météo, et qu'à ce titre, c'est un équipement de sécurité du bateau. Il part s'entretenir, longuement,  avec le responsable de l'équipe...

Retour vers moi : "Est-ce que votre téléphone satellite est un modèle THURAYA ?" Je comprends l'arrière-pensée derrière sa question, et je lui explique que non, ce n'est pas un modèle THURAYA (très utilisé dans les déserts d'Arabie et d'Afrique), mais un modèle IRIDIUM (utilisé par les marins, car il couvre le monde entier). Mohamed semble rassuré, et repart négocier...

 

Finalement, Mohamed revient m'annoncer qu'un arrangement est possible : je garde drone et téléphone à bord, mais je rédige et signe sur papier libre deux documents : le premier pour m'engager à ne pas utiliser le drone sur la "terre égyptienne". Le deuxième pour spécifier que mon téléphone est bien un modèle IRIDIUM, et qu'il m'est indispensable pour la sécurité du bateau.

 

Une fois les documents rédigés, photographiés, et donnés aux autorités, les choses deviennent plus faciles... Mohamed commence à plaisanter, et nous annonce qu'il tient absolument à gouter notre vin de Samos !  Nous lui promettons la bouteille, mais ce sera pour plus tard, pas devant tous ces témoins...

Encore un questionnaire de routine à compléter, et on nous annonce "Welcome in Egypt!". Tout le monde débarque, et nous nous retrouvons seuls, à 1h du matin...

 

De Suez à Hurghada

 

Le 21 Septembre au matin, nous faisons notre entrée à Hurghada Marina. Mohamed vient nous rendre visite, et m'annonce le montant des taxes d'entrée et sortie (1500 $ !). C'est tout à fait conforme, hélas, à ce qu'on m'avait indiqué à Port-Saïd.

 

Lounge

Après son départ (avec la bouteille de vin de Samos...), je vais au bureau régler le montant de mon séjour ici. Accueil style "porte de prison", le manager ne reçoit pas souvent les propriètaires des bateaux, mais plutôt leurs employés. La note est de 100 dollars par nuit, c'est au niveau des tarifs occidentaux, mais la prestation est à la hauteur. Outre toutes les facilités de quai, les sanitaires sont intégrés dans un véritable "lounge" climatisé, avec cuisine, salon et télévision. Après mon retour au bateau, nous sommes libres de découvrir notre environnement.

 

Télescopage de 2 mondes

 

Autour de nous, la marina constitue une enclave surréaliste, avec des quais, des bâtiments, des cafés et restaurants identiques à ceux que l'on trouve dans les stations les plus huppées d'Europe. La jetée extérieure, et certains pontons, sont occupés par les "Safari-boat", vedettes de construction locale,en bois, et destinées au transport des touristes vers les lieux de plongée. Ceci semble constituer l'activité principale de la marina.

Pour le reste, la plupart des bateaux privés appartiennent à de riches Cairotes, et ne sont occupés que par des gardiens. Nous sommes le seul voilier de passage.

 

Dès que l'on sort de la marina, c'est l'Afrique dans son expression la plus absolue, et le contraste est ahurissant: rues (souvent en sable) sales et malodorantes, trottoirs défoncés, avenues à la circulation extravagante...

Mais aussi échoppes à la variété infinie, et multicolore, gentillesse partout dans les visages, les regards, et discussions décontractées et agréables avec presque tout le monde.

Un seul point plus sombre, au sens figuré comme au sens propre : la présence universelle de la police, en de nombreux checkpoint aux carrefours. Les véhicules lourds sont prêts à démarrer, un fusil est accroché derrière une plaque de blindage...

 

"Petits ennuis" et bons moments...

Marion vient nous rejoindre ici le 24 Septembre, pour un séjour d'une semaine. Avec elle nous poursuivrons la découverte de la ville, et surtout, la météo s'y prêtant, nous ferons une petite navigation de 3 jours (pour cela, bien sûr, un permis spécial est à demander et à payer...).

Le premier jour est un jeu de piste où nous sommes rejetés successivement de deux mouillages, avant d'aboutir au troisième, tout près d'Hurghada, à plus de minuit. Les 2 jours suivants, après un épisode de débouchage de WC (et oui, ça arrive aussi...), nous découvrons le récif Shab Abu Nigara, sur lequel nous mouillons comme si nous étions en pleine mer, car nous sommes loin de la côte, et rien n'émerge ici ; puis, ce sera le récif de Sahl Hasheesh, abrité derrière un cap. Exploration dans les 2 cas avec palmes et masques, avec beaucoup de belles choses à voir ...

Mais le mouillage sur récif reste une opération délicate, la couche de sable idéalement épaisse n'étant pas facile à trouver. Dans les 2 cas, notre ancre dérape jusqu'à se bloquer sur une protubérance corallienne, ce que je n'avais pas souhaité, car ce n'est bon ni pour l'environnement, ni pour la sécurité du bateau...

 

Nos découvertes sous-marines ici complètent celles que nous avions déjà faites avec Loïc, lors d'une journée à la réserve de Giftun sur un "safari-boat" : un bateau local, une trentaine de touristes égyptiens, sept européens, beaucoup de coraux et poissons à voir, et aussi une expérience sociologique...

 

Valse des équipages : le 29, Loïc nous quitte; le 30, c'est Evelyne qui arrive, puis le 01 Octobre, Marion repart à son tour.

Pour tous les transferts d'aéroport, qui ont lieu de nuit, Mohamed propose ses bons offices, et son véhicule. Tant pis si le cadeau qu'il nous offre est finalement payant..., puisqu'il aurait fallu sinon trouver et payer un taxi. De plus, avec lui, c'est une prise en charge du bateau à l'aéroport, ce qui est appréciable.

 

 

Sur le récif des îles Giftun, réserve naturelle protégée.

 

Coraux, mérou, murène, bénitiers aux lèvres bleues entrouvertes...

 

 

 

 

Sur le récif de Sahl Hasheesh, à côté duquel nous avons mouillé.

 

Vidéos  (passer en plein écran, retour par "échap")

Vidéo-Rues d'Hurghada

 

Vidéo-Taxi

 

Vidéo-Snorkeling

 

Golfe d'Aqaba et Jordanie 

Le 02 Octobre : nous quittons la marina vers 11h, et allons nous amarrer au port commercial, pour les formalités de départ. Une fenêtre météo favorable se présente en effet dans les 2 jours qui viennent pour remonter jusqu'à Aqaba en Jordanie.

 

Non pas que nous devions nous attendre à un bon vent portant, mais au moins, l'éternel vent de secteur nord sera faible, et pas forcément toujours dans l'axe de notre route. Pour profiter de cette fenêtre, nous ferons une seule étape, de 150 milles environ, pour atteindre la Jordanie, sans toucher terre sur le trajet, ce qui nous évitera aussi les tracasseries administratives et les frais. De plus, les conditions clémentes devraient permettre à Evelyne de s'amariner sans trop de problème.

 

Détroit de Tiran

 

Les formalités sont terminées en début d'après-midi, et je demande l'autorisation de ne partir qu'après la nuit tombée, vers 23h, ce qui m'est accordé. Inutile en effet de se précipiter vers le Golfe d'Aqaba trop tôt, avant que les conditions maniables ne soient établies.

Vers 23h donc, nous disons au revoir à notre agent Mohamed, et larguons les amarres, pour entamer la traversée du débouché du Golfe de Suez, en direction de Ras Mohamed, et de Sharm El Cheikh, à la pointe du Sinaï.Un vent de nord-ouest, force 3 à 4, nous permet d'utiliser le génois, sauf sous le dévent de l'île de Chadwan. 

 

Au lever du jour, nous approchons de Ras Mohamed, et de la zone de calme habituelle dans ces parages : la suite se fera au moteur. En fin de matinée, à l'entrée du détroit de Tiran, il nous faut affronter dans notre axe un vent de force 4, et les récifs de part et d'autre du passage, assez étroit, n'incitent pas à louvoyer.

Heureusement, nous sommes ici à marée haute, et le courant porte au nord. Nous passons donc sans encombre, et retrouvons après le goulet un vent beaucoup plus modéré, même s'il reste toujours de face. Après-midi et nuit suivante au moteur, par vents très faibles...

Frontières en mer

 

Le lendemain vers 7h, nous sommes parvenus presque au fond du golfe d'Aqaba, que nous avons remonté sur sa moitié gauche, dans les eaux égyptiennes, pour éviter un contrôle intempestif par des garde-côtes saoudiens.

Il nous faudra maintenant traverser vers la droite et la Jordanie, après avoir dépassé nettement les eaux de l'Arabie Saoudite, mais avant d'atteindre les eaux israéliennes (où nous serions systématiquement contrôlés). C'est ce que nous faisons, sans problème, et je hisse le pavillon de courtoisie jordanien.

 

Pas d'annexe sur l'eau!

 

Peu de temps après nous sommes contactés par VHF, et on nous demande de stopper. Nous voyons venir vers nous une vedette jordanienne, et bientôt arrive l’autorisation de continuer 4 milles plus au nord. Nouvelle attente, échanges avec la Navy, et le Port Control. Nous apercevons au loin l'immense drapeau jordanien flottant sur sa hampe.

J'avais confirmé notre arrivée à la Marina du Royal Yacht Club, qui m'informe maintenant que le "comité" (Police et Douane chargés de nous accueillir) ne sera pas sur place avant 10h. C'est finalement vers 11h que nous avons le feu vert pour faire notre entrée dans la marina, après un ultime retard, car nous avions eu la malencontreuse idée de mettre l'annexe à l'eau pour éviter qu'elle nous gène : il parait que c'est strictement interdit en Jordanie, et nous devons la hisser sur le pont avant !

 

Les formalités sont très rapides, et bon enfant. Les visas qu'on nous accorde sont gratuits ! A 12h, nous sommes amarrés et branchés à notre poste définitif, et je me présente au bureau du Royal Yacht Club. Le tarif de la nuit ici (100 $) est aussi élevé qu'à Hurghada, pour un standard un peu plus bas, puisque les douches ne sont pas en service. Mais les taxes d'entrée et sortie ne sont pas extravagantes comme en Égypte , "seulement" 350 $ environ pour nous, et ce Yacht Club, avec ses quelques bars, commerces et restaurant (et sa clientèle locale) est plutôt sympathique.

 

 

Aqaba

 

Depuis Aqaba, nous avons prévu de partir vers l'intérieur, avec comme objectifs principaux le désert du Wadi Rum, et le site de Pétra.

Je reprends contact avec Omar Aouda (en fait Omar fils d'Aouda), guide au Wadi Rum, avec qui j'avais déjà échangé. Après quelques tâtonnements, nous mettons au point notre programme : Omar se charge de nous trouver un taxi pour le trajet d'Aqaba au village de Rum, puis il nous confiera pour 3 jours de randonnée à deux guides bédouins ; ensuite, il nous déposera au bus nous emmenant vers Pétra (et même, il nous fournira le taxi pour le retour de Pétra à Aqaba ! Beaucoup de gentillesse et de disponibilité de sa part !).

C'est lui qui nous accueille lors de notre arrivée à Rum, nous offre le thé, et bavarde avec nous. Il déplore la situation économique du pays, imputable selon lui au gouvernement (mais pas au roi !). Le point le plus sensible semble être la hausse du prix des carburants : fin des subventions, hausse des taxes, pour financer les mesures préconisées par les organismes internationaux... Cette histoire semble universelle.

 

 

Bédouins de Jordanie

 

 

Désert du Wadi Rum et du sud jordanien.

 

Avec Farradj et Abdullah, trois jours de randonnées et de bivouacs sous les falaises de grès rose. Découverte de Barra canyon, de Birda rock bridge, de Green canyon, ... et du campement familial.

Marche à travers les grands espaces, ou escalade sur les "voies bédouines".

C'est le bonheur pour nous de retrouver, avec ces bédouins, cette même vie sereine et sobre que nous avions connu auprès des Touaregs du Mali ...

Vidéos  (passer en plein écran, retour par "échap")

Vidéo-Départ matinal 

Vidéo-Conduite extérieure

Vidéo-Arche de Birda

 

Pétra

 

La ville antique était établie sur le cours du Wadi Musa, au débouché d'un canyon appelé "Le Siq". C'est là que les Nabatéens, il y a 2500 ans, ont fait prospérer leur capitale, sur la route des caravanes entre Arabie et Méditerranée.

Le site est caractérisé par de nombreux monuments, tombes ou temples funéraires, directement creusés et taillés dans la roche. Après les Nabatéens, les Romains ont pris le contrôle de la ville, qui a ensuite décliné rapidement.

De retour à Aqaba le 12 Octobre,il nous reste deux jours avant notre départ prévu le 14. Déplacement en taxi jusqu'à une plage publique située à une dizaine de kilomètres, l'occasion pour Évelyne de découvrir les fonds coralliens. Dernières courses dans les marchés et boutiques, pour épuiser nos dinars...

 

14 Octobre : nous quittons la marina vers 11h, après des formalités rapides. Vent faible et plein arrière, nous descendons le golfe, surtout au moteur, jusqu'à la tombée de la nuit. Le vent monte alors à force 4 à 5, ce qui nous permettra de naviguer à la voile pendant toute la nuit, pour dépasser le détroit de Tiran.

Au lever du soleil, nous parvenons dans les calmes, près du Ras Mohamed, et nous poursuivrons au moteur jusqu'à Hurghada. Formalités rapides, puisque nous commençons à être connus (!), et peu après 16h le 15 Octobre, nous retrouvons notre place à la marina.

 

Descente du Golfe d'Aqaba vers Hurghada