Vers le sud tunisien 

Traversée mouvementée

 

08 septembre : à 4h 30 je quitte le mouillage dans l'obscurité, en surveillant ma route au traceur. Le vent est nul, et je pars au moteur, cap à l'ouest.

J'ai le temps de vérifier à nouveau la météo : une fois établi, le vent sera de sud sur une grande partie de ma route, ce qui me conviendra parfaitement. Points négatifs : en toute fin de parcours, passage à un flux de nord-ouest le long des côtes tunisiennes, qui ne me sera pas favorable, et surtout une tendance orageuse...

 

En début d'après-midi, je peux établir les voiles, et partir au largue dans un vent de force 3 à 4. Le bateau marche bien, à plus de 6 noeuds de moyenne. Temps doux et soleil voilé, détente... Je peux m'installer confortablement sur les coussins du cockpit pour des  microsiestes, de quelques minutes... La nuit tombe...

 

Vers 20h, je suis en vue des lumières de Lampedusa, à moins d'un mille. Je n'ai pas prévu d'y faire escale, mais je peux profiter du réseau pour faire un nouveau point météo. Je constate une évolution depuis ce matin : le flux de nord-ouest va s'établir plus tôt, plus à l'est, et sera plus généralisé, et plus fort. Bref, je vais rencontrer des conditions désagréables plus tôt. Et bien sûr, la tendance orageuse est confirmée...

 

Pour être mieux placé par la suite pour rejoindre Mahdia, je décide d'infléchir ma route pour passer au nord du rocher de Lampione, que j'aperçois sur babord. Pour pouvoir réagir plus vite en cas de rafales, je réduis ma voilure au seul génois, qui me permet de conserver une bonne vitesse dans le vent de sud force 5.

 

Vers 5h du matin, je me trouve en bordure d'orage : éclairs à tribord, fortes averses, rafales, et mer croisée désagréable. Je ferme en urgence un hublot qui était resté ouvert par erreur, rétablis un minimum d'ordre dans le carré. L'examen détaillé des dégâts sera pour plus tard...

 

Deux sortes d'accueil

 

Vers 8h , l'orage s'éloigne derrière moi, et je poursuis ma route, cap au 250. J'entre au port de Mahdia (carte) le 09 septembre, un peu avant midi. J'avise un emplacement libre au quai de la Douane, où des officiels m'attendent. Ils me regardent pendant la manoeuvre d'amarrage (en long), sans penser un seul moment à m'aider...

Formalités d'entrée... Les policiers et douaniers montent à bord, et s'étonnent de mon choix d'arriver à Mahdia, qui est un important port de pêche, mais pas du tout un centre de yachting.

Comme il se doit, fouille du bateau, plutôt bon enfant, jusqu'à l'arrivée d'un supérieur. Celui-ci, plus désagréable, m'indique qu'il me faudrait aller à Monastir pour refaire des formalités! Et d'autre part, il menace de confisquer mon drone ... 

Mais voici que les formalités s'abrègent et se terminent rapidement: un "bateau-pirate" rentre au port, et c'est son emplacement que j'occupe! Il me faut en urgence libérer la place, le laisser accoster pour débarquer sa cargaison de touristes, puis revenir m'amarrer à couple avec lui.

 

L'équipage des "pirates" est plutôt sympathique, et m'aide à la manoeuvre. Ils sont curieux de voir à quoi ressemble mon bateau, enclins à bavarder, et m'indiquent où me rendre pour payer mon séjour (somme très modique), comment prendre de l'eau... Pour le prix de leurs services, j'offre une bouteille de vin, bien acceptée!...

Le mauvais temps devant durer au moins deux jours, les pirates ne sortiront pas en mer, et il n'y a aucun problème pour que je reste à couple...

Un petit tour à Mahdia  

Je mets à profit ces 2 jours pour récupérer, et goûter au charme tranquille de cette ville côtière, sa médina, son marché aux poissons, ses restaurants...

 

Bonne inspiration et vendredi 13

 

11 septembre : le bateau-pirate reprenant son activité, je décide de rejoindre Monastir, ce qui rallongera la route ultérieure vers le sud (carte), mais me permettra de récupérer plus commodément l'équipier de choc qui doit me rejoindre demain, Turca bien sûr!

C'est donc 4 heures au moteur, vu le vent faible et défavorable...

Amarrage à la marina de Monastir, et formalités à nouveau. Cette fois-çi, le drone et le téléphone satellite sont consignés à la Douane, ce qui ne me surprend pas...

 

Le lendemain matin, je bénis ma décision de venir ici, quand, en mettant en ordre le bateau, je constate une fuite au joint d'arbre d'hélice!

La réparation est envisageable à 2 km de la marina, au chantier naval du port de pêche, et je m'y rends immédiatement.

Je rencontre là-bas un mécano qui semble compétent, et nous faisons affaire. Il se charge de commander la pièce.

 

Je suis de retour au bateau à midi pour accueillir Turca... et lui annoncer la bonne nouvelle. L'après-midi se passe en tracasseries administratives (les Douanes encore!...) pour obtenir l'autorisation de déplacer le bateau jusqu'au chantier.

Mise à sec le lendemain vendredi 13 (!). Attente tout le week-end avant de voir arriver la pièce, le lundi matin. Remise à l'eau, et retour à la marina, lundi 16 en début d'après-midi.

 

Nous avons au moins pu profiter de ce délai imposé pour visiter Monastir, et Sousse, 30 km plus loin, atteinte facilement grâce à la ligne de train locale ("Le métro du Sahel").

 

Visite de Monastir

Ville natale de Habib BOURGUIBA (1903-2000),

militant indépendantiste,

puis président de 1957 à 1987.

Escapade à Sousse

 

Les îles Kerkennah sont entourées d'un immense banc de sable dont elles ne sont que la partie émergée. D'autre part, toute cette zone située dans le golfe de Gabès est sujette à des phénomènes de marées notables, avec des marnages et courants importants (jusqu'à 1,5 m de marnage sur la côte nord-ouest des Kerkennah). Ces données physiques rendent la navigation dans ces parages plutôt difficile, et compliquent l'accès aux îles.

Les ports se limitent aux 3 ports de pêche, que l'on peut atteindre par d'étroits chenaux, naturels (comme l'oued Mimoun) ou dragués. En conséquence, ces îles sont restées à l'écart, ont préservé leurs traditions, de pêche notamment, et leur milieu naturel, avec des fonds très poissonneux. Les felouques à voile restent en usage, surtout chez les petits pêcheurs.

50 noeuds à l'anémo

 

16 septembre : nous quittons la marina vers 15h, destination El Attaya sur les îles Kerkennah, ce qui doit représenter un trajet d'un peu plus de 100 milles, en tenant compte du large contournement des haut-fonds qui entourent les ïles, le Banc de Kerkennah.

Les vents, très faibles ou contraires, se révèlent décevants, toute la soirée, et toute la nuit. Ils ne se lèvent qu'au petit jour, après qu'on ait doublé la cardinale Est du Banc de Kerkennah, vent de sud force 3 à 4, ce qui nous permet de naviguer au près, en luttant contre un courant de marée.

 

Mais seulement 2 heures plus tard, de gros nuages noirs d'orage se profilent sur notre route. Au premier signe de chute du vent, nous affalons les voiles et passons au moteur, et bien nous en prend, car à peine 5 minutes plus tard, la tempête se déchaine brusquement. Averses et rafales tourbillonnantes, l'anémomètre montant jusqu'à 50 noeuds... La toile du bimini est subitement arrachée et ne tient plus que par un coin. Turca l'empèche de donner plus de prise au vent, histoire de la garder à bord...

Après quelques minutes, la direction du vent devient plus constante, et je peux barrer en fuite. Nous enroulons le bimini sur ses tubes pour le sécuriser. Heureusement, la mer reste assez peu agitée, car le Banc de Kerkennah nous abrite...

Vers 10 h , la situation revient vers la normale, et nous pouvons mettre le cap sur El Attaya, plus très loin maintenant.

 

Un port de pêche accueillant

 

Pendant notre remontée du chenal qui donne accès au port ("l'Oued Mimoun"), nous sommes contactés sur la VHF par la Marine Nationale.

Notre interlocuteur nous demande ce que nous venons faire ici... Explications usuelles, "navigation vers Djerba, fatigue, besoin de se reposer et de réparer des avaries (ce qui en l'occurence est vrai...),"...  Il nous autorise à mouiller dans l'avant-port pour 2 jours, et nous demande de le recontacter à notre départ...

Nous jetons donc l'ancre vers 11h30 le 17 septembre, dans l'avant-port d'El Attaya. Décompression et euphorie, surtout parce que je viens de recevoir un message m'annonçant la naissance de Loïs, notre deuxième petite-fille!

 

En début d'après-midi, je me rends au bureau de l'APIP (Agence des Ports et Installations de Pêche) pour payer notre séjour. Accueil par une dame attentive et sympatique, qui m'indique que nous pouvons nous amarrer aux jetées, où bon nous semble. Je lui règle le montant modique demandé, 58 dinars (soit moins de 18 euros) pour 2 nuits. Gentiment, elle appelle pour nous un taxi.

 

Nous nous rendons donc en taxi jusqu'à Remla, la petite capitale de l'île. Quelques achats, un verre (sans alcool) en terrasse... Nous renonçons à louer une voiture, vu le délai demandé.

Le lendemain, travaux de couture sur le bimini pour le rafistoler, déplacement du bateau jusqu'à un poste d'amarrage libre (les pêcheurs voisins m'ont tous dit qu'il n'y avait aucun problème...), et photos du port et de ses environs.

Bateaux d'El Attaya

 

Caprices des dieux, Séléné et Eole

 

19 septembre : au réveil, nous nous trouvons à marée haute, et l'eau est presqu'au niveau du quai, si bien que nos pare-battage sont posés sur le béton et inutiles ! Heureusement que notre coque en aluminium est à toute épreuve...

Après un démarrage sur garde (réussi), car nous étions bloqués par une rangée de chalutiers, nous sortons du port vers 7h , et prenons le chenal, aidés par la marée descendante.

A 8h, nous mettons le cap au sud, vers Houmt Souk, sur l'île de Djerba. Vent variable à modéré, malheureusement plein arrière. Nous essayons différentes configurations de voile, GV + gennaker, en ciseaux, GV + Génois, et même... GV +moteur!

Chenal de Houmt Souk (mal positionné sur mon traceur) vers 16h, contact téléphonique avec le marinero, Haythem, amarrage...

Nous sommes dans un assez grand port de pêche actif et animé, avec 3 pontons côté ouest réservés aux bateaux de plaisance (et à la Garde Nationale...).

 

Nappe blanche et panoplie pour naïade

 

L'accueil du marinero, de la secrétaire, du directeur de la marina, est très cordial et sympatique, et les formalités réduites au minimum. Tahenkat restera plusieurs nuits ici, ce qui nous permet de louer un véhicule pour visiter le sud tunisien...

... A notre retour de notre escapade vers l'intérieur, le directeur réitère une invitation pour le petit déjeuner, qu'il avait déjà formulée avant notre départ. Le lendemain matin, nous commençons par prendre un café au bar, avec Haythem. Moment intéressant, où il évoque sa vie ici, avec ses satisfactions, et ses difficultés.

Puis , le directeur étant arrivé, c'est le petit déjeuner formel dans son bureau. Café, jus de fruits, pâtisseries,... sur la nappe blanche d'une table dressée spécialement pour nous. Le directeur est curieux de savoir ce que nous pensons de "son" port de plaisance (que du bien!), et se montre préoccupé de la panne du travel lift, non réparée depuis 3 ans, ce qui empèche toute mise à terre...

Il est curieux au sujet de notre voyage, et j'en viens à lui dire que ma femme nous rejoindra prochainement, après avoir accueilli une naissance chez notre fille. "Ah! Un bébé! Un garçon? Une fille?". "Une fille! Il faudra que je vous donne un cadeau pour elle!"

Il tiendra parole, en m'apportant la veille de notre départ un énorme paquet. En soulevant un peu le papier, je vois un assortiment complet pour le bain de bébé: baignoire, seau, pot, arrosoir...

Houmt-Souk, le port et la ville

  

Les Ksours du pays berbère.

 

Le sud tunisien reste le refuge des populations berbères, très minoritaires maintenant dans le pays. A la Mosquée des Sept Dormants, j'échange avec un jeune bénévole, sur les traditions berbères en voie de disparition.

 

Escapade jusqu'à Ksar Ghilane, petite oasis aux confins du Grand Erg Oriental.

 

Bel accueil par Ali, qui cuit pour nous le pain de semoule dans les braises. Il garde le sourire en toute circonstance, même après avoir été piqué par un scorpion près du feu...

  

Le Chott El Djérid, les oasis de montagne, retour par les villages berbères.

 

Etape pour la nuit dans un petit hôtel de Tozeur, où un bel orage nous surprendra le lendemain matin. Au restaurant Dar Deda, couscous dromadaire, et bières servies discrètement dans des chopes en terre... 

 

Vidéos : les clips de notre grand reporter, avec ou sans parole (passer en plein écran) 

 

Cap au nord  

Il y a voyage et voyage...

 

26 septembre : les prévisions météo étant favorables pour une remontée vers le nord, nous quittons le port vers 7 h.

Juste avant notre appareillage, nous avons assisté à l'arrivée de la vedette de la Garde Nationale, avec à son bord une douzaine de candidats à l'émigration (tous jeunes, environ 20 ans, et tunisiens, semble-t-il...). Leur barque de 7 mètres est en remorque. Sur cette embarcation précaire, ils n'ont pas pu aller bien loin avant d'être rattrapés.

Sentiments mitigés...

Moteur en matinée, puis le vent de sud prévu se lève vers 13h, et nous pouvons passer à la voile. Belle navigation au portant l'après-midi, et toute la nuit.

A 9h30 le 27, nous sommes de retour à Monastir. C'est là que Catherine nous rejoint le lendemain.

 

Il y a port et port...

 

du 30 septembre au 02 octobre : nous continuons notre remontée vers le nord. Etapes à Hammamet (marina qui se veut tout confort, mais "hors sol", sans intérêt),  à Kélibia (encore un port de pêche sympathique, nous sommes le seul voilier), et finalement à Sidi Bou Saïd (marina agréable destinée aux locaux, accessible après avoir contourné le banc de sable à l'entrée; nous sommes le seul bateau de passage).

Arrêt de 4 jours à la marina. Par "l'Escalier des 365 Marches", nous pouvons atteindre les ruelles pittoresques du village. De là, par bus, nous nous rendons facilement aux ruines de Carthage, et aux souks de Tunis.

 

Vers le nord de la Tunisie

 

Carthage et Tunis